Un carnet de souvenirs (4)

7 mars 2007 18:42
 
 

On s’est revus plusieurs fois après cette première rencontre. La seconde rencontre, je me souviens encore, c’était le jour où on m’a annoncé que ma prof de musique de seconde était décédée d’une tumeur au cerveau. J’ai pleuré toutes mes larmes avant de le voir, et étrangement, le voir m’a apaisée. On s’était donné rendez-vous pour faire de la musique, ou plutôt pour que je lui joue ma nouvelle composition (une des seules donc je suis fière d’ailleurs, je l’ai retravaillée depuis). J’étais contente d’avoir trouvé quelqu’un qui partage ma passion pour la musique, et il était resté là à m’écouter pendant des heures, savourant les sons qui sortaient de l’instrument.

Puis nos entrevues se sont faites de plus en plus fréquentes, il m’invitait déjeuner chez lui le midi, comme j’avais des trous de trois heures parfois. La première fois, il a voulu être romantique, et a même mis des bougies sur la table… En parallèle, on continuait à s’échanger des emails, à discuter sur MSN. Je lui reprochais de toujours devoir venir vers lui, et qu’il ne venait jamais spontanément me parler. Et d’un coup, il a changé, j’ai remarqué qu’il est venu me parler spontanément plusieurs fois, cela m’a touchée.

Avec ma voisine de cours, je m’ennuyais parfois, et on avait de longues discussions par écrit où je parlais de tout et de rien, et notamment de mon soi-disant fiancé. Vu qu’on se ressemblait vachement, je savais qu’elle pouvait comprendre le fait que je sois attirée par un gars d’Internet et c’est la première personne IRL à qui j’aie parlé de lui. Même ma meilleure amie n’était pas au courant. Je les ai présentés via MSN, et elle m’a dit : « saute lui dessus, il a l’air génial, ce mec ! ».

Mais je ne pouvais pas. Je doutais encore de mes sentiments, mais aussi des siens. La première fois qu’il m’a invitée au cinéma, je me suis dit : il veut sortir avec moi ou quoi ? Et je lui ai posé la question. Il m’a juste répondu : « Et le film alors ? Si j’invite quelqu’un à venir au cinéma avec moi, c’est pour ne pas aller au cinéma tout seul, c’est tout. » Il ne comprenait vraiment pas ce qui pouvait se passer à l’intérieur de la tête d’une fille. Et en rigolant, il m’a dit : « Faudrait que tu me donnes des leçons. »

La première fois où j’ai vraiment eu un doute, c’est quand je l’ai invité à mon audition de piano, trois mois après notre première rencontre. Il était venu habillé très classe, et tenant une rose rouge à la main. J’avais aussi invité un des autres membres du cahier noir qui pensait qu’on sortait ensemble (à force de faire semblant sur internet, il ne pouvait que penser qu’on sortait ensemble). A la fin de l’audition, il nous a lâchés en nous disant : « les tourtereaux, je vous laisse, amusez-vous bien ! » On était un peu gênés, moins que quand il était avec nous (ah, c’était horrible, quand on était tous les trois, je ne savais pas quoi dire, et eux non plus), mais on était gênés quand même. Finalement, après avoir un peu discuté, je l’ai laissé partir, en lui faisant un gros câlin pour lui dire au revoir.

En rentrant, sur MSN, je lui ai dit que j’étais déçue, que je pensais qu’il allait m’embrasser. Et il m’a répondu sur le même ton : « ce sera pour la prochaine fois. » On devait se revoir peu de temps après pour regarder le Seigneur des Anneaux ensemble. Et ce jour-là, après, le cinéma, on s’est installé dans le parc (je ne voulais pas rentrer tout de suite chez moi) et il m’a serré dans ses bras pour me tenir chaud. On devait prendre le train ensemble pour quelques stations, après quoi il avait un changement à faire. Et comme d’habitude, je tripotais ses mains en jouant à la voyante. En partant, galant homme qu’il était, il m’a fait un baisemain. Je ne voulais pas le lâcher, et j’ai essayé de garder sa main dans la mienne. Mais comme le train repartait, il s’est vite éclipsé et je l’ai suivi des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse de mon champ de vision.

Cet instant avait été comme magique. Je l’avoue, avant de le connaître, je n’avais jamais été véritablement amoureuse. Attirée par certains garçons, peut-être, mais pour moi, l’amour était une sorte d’idéal, une étoile très lointaine que je cherchais à atteindre. Et c’est à ce moment là que j’ai compris que cette étoile était vraiment à portée de main, et juste en face de moi.  Plus encore, qu’elle était déjà en moi.

Puis sont arrivées les vacances de Noël, et avec elles beaucoup plus de temps libre. On s’est revu brièvement, un peu intimidés tous les deux par ce que nous avions vécu quelques jours auparavant. Il m’a laissée prendre mon bus en me donnant une lettre, dans une enveloppe bleue. C’était une lettre de vœux pour la nouvelle année, une lettre longue de trois pages, dans laquelle il avait mis tout son amour. Je me souviens encore de la fin :

« Si je peux vous offrir un flocon de chaleur au cœur de l’hiver, un brin de tendresse pour le printemps, un zeste de fraîcheur pour l’été, et un rien de réconfort avec l’automne, alors ce sera, au moins pour moi, une merveilleuse année.

 Puissent ces mots se faufiler au-delà de vos prunelles, ma Dame, et chatouiller votre âme. »

Là, vous le comprenez aisément, j’étais conquise. Je lui ai préparé une jolie réponse, que je lui ai donné quelques jours après, lorsqu'on s'est revu. Il l'a prise et l'a rangée dans sa poche, ce qui m'a quelque peu déstabilisée. On devait voir des amis ensemble, et tout s'est bien passé. Comme d'habitude, on est rentré ensemble, et lorsqu'il devait descendre à la Gare du Nord pour son changement, je l'ai suivi sur le quai. Je savais qu'il voulait avoir ma réponse avant de faire quoi que ce soit, mais moi, j'étais assez impatiente et je ne pouvais pas l'attendre... J'ai mis mes bras autour de son cou, nous nous sommes serrés l'un contre l'autre, puis doucement, nos lèvres se sont rejointes.


Ce soir-là, deux âmes soeurs se sont trouvées. Trois ans après, elles ne se sont toujours pas séparées.


 


 

Fin de la première partie du carnet. Je ne sais pas encore s'il y aura une suite à cette histoire... Ca dépendra de vos commentaires !

Humeur: Apeurée

Un carnet de souvenirs (3)

6 mars 2007 18:51
 
 

Lorsque nous sommes tous les deux rentrés de nos lieux de vacances respectifs, nous avons commencé à discuter des heures et des heures sur MSN. Pendant ce temps, je m’intégrais peu à peu à la communauté du Cahier Noir, communauté ma foi très spéciale, dont la loi est la seule soumission au Créateur du site, le Webgourou. Devenue à présent une amie du Dieu du Cahier Noir, je me suis dit qu’il fallait trouver un moyen de lui subtiliser quelque peu son pouvoir, et je lui ai demandé s’il n’avait pas de fiancée. Comme la réponse était négative, je me suis moi-même intronisée Fiancée du Gourou. Pourquoi ? Tout simplement parce que la place était libre.

Puis tout est parti dans un délire total. Les autres membres du CN se demandaient qui j’étais, quelle relation j’entretenais avec le Gourou… tout cela était particulièrement confus, vu que l’on ne pouvait pas faire la différence entre le réel et le virtuel. Profitant de mon statut, et du fait que mon soi-disant fiancé partait en voyage à Budapest, je lui ai demandé de me ramener un souvenir de là-bas. Et il l’a réellement fait. Telles ont été les circonstances de notre première rencontre. Dans une de nos discussions précédentes, nous nous étions aperçus qu’il n’habitait pas très loin de mon lycée. Nous avons donc décidé de faire nous voir pour la première fois fin septembre, près de mon lycée, afin qu’il me fasse ce cadeau tant attendu.

Avant cette première rencontre, il m’avait prévenue que je serais sans doute déçue. Il faut dire qu’il avait comme avatar sur MSN une photo de lui à 3 ans, dont je suis tombée follement amoureuse.


Je passais mon temps à essayer de deviner ce que ce mignon petit garçon était devenu 15 ans plus tard… Lorsqu’il m’a envoyé une photo récente de lui, j’ai été surprise. Ah… je l’avais imaginé plus beau ! Mais la première impression passée, je me suis dit : après tout, il ne pouvait pas être parfait !

Je crois qu’on a été tous les deux un peu déçus de ce premier contact dans le monde réel. Il faut dire que nos personnalités virtuelles ne correspondent pas toujours à ce que nous sommes vraiment. Internet fait figure d’écran, de masque, et derrière ce masque, on peut faire tout ce que l’on veut, et même agir à l’opposé de notre caractère habituel. Lui, par exemple, sur le net, apparaissait comme un jeune homme cherchant à créer un mystère autour de sa personne ; pour le Cahier Noir, il faisait figure d’ombre menaçante qui plane sur le site. Et en vrai ? Je n’avais pas tort, il était une ombre… Habillé tout en noir, très discret, timide, regardant toujours ses pieds lorsqu’il parlait, il était loin d’être ce que j’attendais qu’il soit.

Il m’a donné mon cadeau, une jolie boîte dont j’ai dû trouver le mécanisme secret qui permettait de l’ouvrir (finalement, il me l’a expliqué, comme il a vu que j’étais trop lente). J’étais un peu gênée, mon idée de cadeau était une plaisanterie, mais qu’il avait prise au sérieux. Lui, au contraire, était plutôt content de me l’offrir, alors tout allait pour le mieux. Comme il restait muet, j’ai essayé de faire un peu la causette, et il ne faisait que répondre à mes questions, sans oser en poser de nouvelles. J’avais l’impression d’avoir une tout autre personne devant moi, au point de me demander si c’était vraiment lui la personne à qui j’avais parlé. Il y avait une sorte de dédoublement dans ma tête : d’un côté mon contact virtuel, de l’autre, la personne réelle, et je n’arrivais pas à assimiler les deux. C’est en fouillant dans son sac (oui, je suis une grande curieuse) et en tombant sur son petit carnet où il avait écrit quelques éléments concernant l’Enfant-Nuit que je m’en suis vraiment convaincue.

Je suis tombée récemment sur ce carnet et j’ai relu une page qu’il avait écrite sur les critères qu’il avait pour sa fille idéale. Elle devait :

  • Savoir jouer du piano
  • Savoir monter à cheval
  • Savoir dessiner
  • Etre photogénique et aimer être prise en photo

Malheureusement, je ne correspondais qu’au premier critère… Je n’ai jamais fait d’équitation, mes dessins ressemblent davantage à des gribouillis, et je ne suis pas franchement photogénique. En revanche, j’aime bien quand il me prend en photo (surtout que ses photos sont plutôt jolies). Même si je n’étais pas sa fille idéale, en trois mois, j’avais réussi à devenir sa meilleure amie, et bien sûr, même si la première entrevue n’avait pas été franchement géniale, j’espérais que notre relation allait évoluer…


Un carnet de souvenirs (2)

5 mars 2007 00:53
 
 

Le premier message que je lui ai envoyé, cela devait être début mai 2003. Je ne me souviens pas exactement du contenu, mais ça devait être quelque chose comme : « Bonjour, je suis fan de tes textes, et j’aimerais beaucoup lire la suite de l’Enfant-Nuit, dont tu n’as publié que le premier chapitre. » Et il m’a répondu en m’envoyant un long fichier Word. Ah… le monde de l’Enfant-Nuit, c’est vraiment un monde particulier, un univers à la fois enfantin et poétique, quelque peu absurde, avec des dieux qui se nomment « Grand Patapon », avec des poulets qui parlent, des enfants qui ne dorment pas la nuit, des lieux aux noms étranges comme « Petite-Ville-De-Taille-Moyenne » (on peut dire que l’auteur s’est bien amusé) Quand je me suis plongée dans cette histoire, je me suis dit : « celui qui a créé cet univers doit être quelqu’un exceptionnel ».

 

Et il l’était. On s’est échangé quelques emails, comme j’étais plutôt curieuse de savoir qui se cachait derrière le gourou du Cahier Noir et le créateur de l’Enfant-Nuit. Et ce que j’ai appris m’a plutôt déroutée. Il n’avait que 18 ans, et avait commencé l’Enfant-Nuit à 16. Son site internet, malgré ses quelques bugs, était franchement élaboré, et existait déjà depuis près de quatre ans. Cela voulait dire qu’il avait créé la première version à 14 ans ! Très impressionnée par ses écrits, je le suis devenue encore plus après avoir su son âge. Mais dans un sens, le fait qu’il n’ait que trois ans de plus que moi m’a réjouie, cela voulait dire qu’il n’était pas trop vieux pour moi !

 

Comme il avait vu que j’utilisais une adresse Yahoo, on a commencé à parler sur Yahoo Messenger. Je me souviens encore de mon seizième anniversaire, où je me suis connectée, et où j'ai eu le plaisir d'être accueillie par un « Joyeux Anniversaire » de sa part. En lui demandant comment il l’a su, il m’a rappelé que j’avais écrit un commentaire sur l’un de ses textes. Dans ce texte, le 14 juin correspondait à la date où la loi contre l’Amour avait été promulguée ; indignée, j’avais protesté : mon anniversaire ne pouvait pas renvoyer à une loi aussi mauvaise ! Et il s’en était rappelé. J’étais, comme vous le devinez, très flattée qu’il s’en souvienne.

 

Il publiait un texte par mois sur le Cahier Noir, c’était une règle qu’il s’était fixée pour se forcer à écrire. Quand j’ai regardé le planning, quelle fut ma surprise en voyant que pour le mois de juillet, il avait prévu une nouvelles en trois parties, se déroulant dans le monde d’Océane, et l’histoire se déroulant 20 ans avant l’Enfant-Nuit. Le nom de la nouvelle ? Le jour des poulets. Une de ses nouvelles les plus réussies, si ce n’est LA plus réussie.

 

Aujourd’hui, la question me tracasse encore parfois : est-ce à cause de moi (ou grâce à moi) qu’il a repris son cycle ? Dans la lancée, il avait aussi décidé de reprendre la deuxième partie de l’Enfant-Nuit, ce qu’il a fait quand il est parti en vacances dans la maison de campagne chez sa grand-mère. Il n’avait pas l’ADSL là-bas, et se connectait deux fois par jour pour regarder ses emails. Tous les soirs, il m’envoyait le chapitre, et il recevait ma critique le lendemain matin. Puis, au lieu de ne parler que de l’Enfant-Nuit, on a fini par se raconter un peu nos vies. On a découvert qu’on avait beaucoup de points communs, que ce soit dans nos goûts, ou dans notre vision du monde. Mais mieux encore, qu’on était tous les deux célibataires, et qu’on avait la même vision de l’amour…