Un carnet de souvenirs (4)
On s’est revus plusieurs fois après cette première rencontre. La seconde rencontre, je me souviens encore, c’était le jour où on m’a annoncé que ma prof de musique de seconde était décédée d’une tumeur au cerveau. J’ai pleuré toutes mes larmes avant de le voir, et étrangement, le voir m’a apaisée. On s’était donné rendez-vous pour faire de la musique, ou plutôt pour que je lui joue ma nouvelle composition (une des seules donc je suis fière d’ailleurs, je l’ai retravaillée depuis). J’étais contente d’avoir trouvé quelqu’un qui partage ma passion pour la musique, et il était resté là à m’écouter pendant des heures, savourant les sons qui sortaient de l’instrument.
Puis nos entrevues se sont faites de plus en plus fréquentes, il m’invitait déjeuner chez lui le midi, comme j’avais des trous de trois heures parfois. La première fois, il a voulu être romantique, et a même mis des bougies sur la table… En parallèle, on continuait à s’échanger des emails, à discuter sur MSN. Je lui reprochais de toujours devoir venir vers lui, et qu’il ne venait jamais spontanément me parler. Et d’un coup, il a changé, j’ai remarqué qu’il est venu me parler spontanément plusieurs fois, cela m’a touchée.
Avec ma voisine de cours, je m’ennuyais parfois, et on avait de longues discussions par écrit où je parlais de tout et de rien, et notamment de mon soi-disant fiancé. Vu qu’on se ressemblait vachement, je savais qu’elle pouvait comprendre le fait que je sois attirée par un gars d’Internet et c’est la première personne IRL à qui j’aie parlé de lui. Même ma meilleure amie n’était pas au courant. Je les ai présentés via MSN, et elle m’a dit : « saute lui dessus, il a l’air génial, ce mec ! ».
Mais je ne pouvais pas. Je doutais encore de mes sentiments, mais aussi des siens. La première fois qu’il m’a invitée au cinéma, je me suis dit : il veut sortir avec moi ou quoi ? Et je lui ai posé la question. Il m’a juste répondu : « Et le film alors ? Si j’invite quelqu’un à venir au cinéma avec moi, c’est pour ne pas aller au cinéma tout seul, c’est tout. » Il ne comprenait vraiment pas ce qui pouvait se passer à l’intérieur de la tête d’une fille. Et en rigolant, il m’a dit : « Faudrait que tu me donnes des leçons. »
La première fois où j’ai vraiment eu un doute, c’est quand je l’ai invité à mon audition de piano, trois mois après notre première rencontre. Il était venu habillé très classe, et tenant une rose rouge à la main. J’avais aussi invité un des autres membres du cahier noir qui pensait qu’on sortait ensemble (à force de faire semblant sur internet, il ne pouvait que penser qu’on sortait ensemble). A la fin de l’audition, il nous a lâchés en nous disant : « les tourtereaux, je vous laisse, amusez-vous bien ! » On était un peu gênés, moins que quand il était avec nous (ah, c’était horrible, quand on était tous les trois, je ne savais pas quoi dire, et eux non plus), mais on était gênés quand même. Finalement, après avoir un peu discuté, je l’ai laissé partir, en lui faisant un gros câlin pour lui dire au revoir.
En rentrant, sur MSN, je lui ai dit que j’étais déçue, que je pensais qu’il allait m’embrasser. Et il m’a répondu sur le même ton : « ce sera pour la prochaine fois. » On devait se revoir peu de temps après pour regarder le Seigneur des Anneaux ensemble. Et ce jour-là, après, le cinéma, on s’est installé dans le parc (je ne voulais pas rentrer tout de suite chez moi) et il m’a serré dans ses bras pour me tenir chaud. On devait prendre le train ensemble pour quelques stations, après quoi il avait un changement à faire. Et comme d’habitude, je tripotais ses mains en jouant à la voyante. En partant, galant homme qu’il était, il m’a fait un baisemain. Je ne voulais pas le lâcher, et j’ai essayé de garder sa main dans la mienne. Mais comme le train repartait, il s’est vite éclipsé et je l’ai suivi des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse de mon champ de vision.
Cet instant avait été comme magique. Je l’avoue, avant de le connaître, je n’avais jamais été véritablement amoureuse. Attirée par certains garçons, peut-être, mais pour moi, l’amour était une sorte d’idéal, une étoile très lointaine que je cherchais à atteindre. Et c’est à ce moment là que j’ai compris que cette étoile était vraiment à portée de main, et juste en face de moi. Plus encore, qu’elle était déjà en moi.
Puis sont arrivées les vacances de Noël, et avec elles beaucoup plus de temps libre. On s’est revu brièvement, un peu intimidés tous les deux par ce que nous avions vécu quelques jours auparavant. Il m’a laissée prendre mon bus en me donnant une lettre, dans une enveloppe bleue. C’était une lettre de vœux pour la nouvelle année, une lettre longue de trois pages, dans laquelle il avait mis tout son amour. Je me souviens encore de la fin :
« Si je peux vous offrir un flocon de chaleur au cœur de l’hiver, un brin de tendresse pour le printemps, un zeste de fraîcheur pour l’été, et un rien de réconfort avec l’automne, alors ce sera, au moins pour moi, une merveilleuse année.
Puissent ces mots se faufiler au-delà de vos prunelles, ma Dame, et chatouiller votre âme. »
Là, vous le comprenez aisément, j’étais conquise. Je lui ai préparé une jolie réponse, que je lui ai donné quelques jours après, lorsqu'on s'est revu. Il l'a prise et l'a rangée dans sa poche, ce qui m'a quelque peu déstabilisée. On devait voir des amis ensemble, et tout s'est bien passé. Comme d'habitude, on est rentré ensemble, et lorsqu'il devait descendre à la Gare du Nord pour son changement, je l'ai suivi sur le quai. Je savais qu'il voulait avoir ma réponse avant de faire quoi que ce soit, mais moi, j'étais assez impatiente et je ne pouvais pas l'attendre... J'ai mis mes bras autour de son cou, nous nous sommes serrés l'un contre l'autre, puis doucement, nos lèvres se sont rejointes.
Ce soir-là, deux âmes soeurs se sont trouvées. Trois ans après, elles ne se sont toujours pas séparées.
Fin de la première partie du carnet. Je ne sais pas encore s'il y aura une suite à cette histoire... Ca dépendra de vos commentaires !
2 commentaires à cet article.
Trois ans...
Elle est belle, cette histoire, ton histoire.
C'est comme un conte, où se dévoilent à la fois une Quynh Lan qu'on ne connait pas, forcément, et cet amour qui est pour moi, un idéal, un rêve.
L'étoile est bien loin de moi :)
L'histoire est belle, autant que les mots qui ont servit à la conter.
Merci d'oser te dévoiler ainsi devant nous.
Et pour ce qui est de la suite, c'est avec plaisir que je la lirai si tu veux bien nous la proposer.